S’il fréquente les chevaux depuis une quinzaine d’années, Francis Tabouret a cette fois-ci décidé d’embarquer pour un voyage singulier. Groom puis moniteur d’équitation, l’écrivain est monté à bord du Fort-Saint-Pierre de la CMA-CGM pour treize jours de Traversée de l’Atlantique. Du Havre à Pointe-à-Pitre, il a à charge pas moins de quinze moutons, huit taureaux et autant de chevaux. Tous inconnus. Il couche ainsi sur papier ces gestes simples qui rythment son quotidien avec un regard qui est le sien, un mélange de rigueur et de distance amusée. Une aventure fantasque où se rencontrent ostracisme et confidences.

« Les chevaux un peu inquiets, les oreilles mobiles, les yeux alertes, tout à fait éveillés, occupés à jauger le nouvel espace, les bruits alentour.  »

Dans son ouvrage, Francis Tabouret met une loupe sur la vie à bord et montre le monde maritime tel qu’il est : strict, mixte, mouvant et parfois même métissé. Là où tout semble se dérouler à huis clos, ignorant les bouleversements de la terre, il tient un carnet de croisière intime sur son voyage, l’état de santé de ses bêtes et ses rapports avec les autres marins de la passerelle. L’auteur réussit à retranscrire l’étrange mariage entre la solitude, l’isolement, la sidération et l’attachement. Un heureux exclus qui déssappe la vie maritime et met certains sujets à poil.

« Que savent-ils de l’immobilité, de l’enfermement, du paysage de deux-mètres-de-profondeur, du paysage la-paroi-d’un-container, du paysage ces-si-beaux-nuages, des tendons qui n’ont pas été étirés, des muscles fondus, de la confiance ?  »

On apprécie le voyage éphémère, le rapport aux animaux, l’attention portée aux détails que l’on connaît tous si bien. L’observation de tous les instants est propulsée entre le banal et l’extraordinaire. Malheureusement, la beauté de la simplicité est parfois cornaquée par une poésie légèrement forcée et un manque de spontanéité. Une mécanique du récit un peu lente, toujours segmentée entre le trop et le pas assez.

Le détachement d’un monde pour la découverte d’un autre, mais jamais sans chevaux : Traversée, Francis Tabouret, éditions P.O.L, mars 2018. Prix public 15€. L’ouvrage a obtenu le Prix Senghor du premier roman francophone 2018, le Prix du métro Goncourt 2018 ainsi que le Prix Mac Orlan 2019.

« L’océan, les blessures évitées, le monde de ferraille, les jours qui passent et se ressemblent, l’appétit qui va et qui vient, les pieds qui vont moins bien, tout ce que les chevaux vous ont dit, tout ce que vous leur avez dit, ce que vous auriez à dire.  »

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Posted by:Andy Chansel

Fondateur du site Lecavalierbleu.fr. Cavalier passionné aux obsessions éclectiques.

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